Récit de trek en Islande par Adrien Wehrlé : Jour 3

Récit de trek en Islande par Adrien Wehrlé : Jour 3
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Récit de trek en Islande par Adrien Wehrlé du Team Solentbay : Jour 3

A l’occasion de la semaine de l’Islande chez Solentbay, nous vous proposons de lire et découvrir le récit de trek d’Adrien Wehrlé, membre du Team Solentbay, qui a parcouru l’Islande en autonomie quasi complète en Juin 2017. Voici l’épisode 3 de son trek.

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Cette journée était dans la continuité de la précédente : 17km contre 16km la veille, pas vraiment de gros dénivelés mais encore une fois, des séries de montées et descentes très fatigantes. Une seule grosse différence : la veille nous avions traversé une petite rivière à environ 250m d’altitude avec de l’eau jusqu’au bas du mollet… Ce jour-ci non pas une mais 4 rivières nous attendaient. L’une d’elle était particulièrement peu accueillante, très large et profonde d’après l’écran de mon GPS. Après avoir remballé toutes nos affaires, nous avons à peine eu le temps de faire quelques kilomètres que la première rivière se dressait devant nous. Pas très large mais avec un débit plutôt fort et de l’eau sortant tout droit des glaciers : notre circulation sanguine a été boostée pour la journée.

Une fois remis de nos émotions et après avoir contourné une petite montagne nous sommes arrivés sur un grand plateau désertique, encore plus vaste que celui sur lequel nous avions passé la nuit : une magnifique plaine péri-glaciaire . Nous apercevons au loin des petites taches de couleur, nos compagnons de treks partis un peu plus tôt semblaient aller bien et nous en étions très contents. Cependant, aucun moyen d’avoir la même certitude pour ceux partit plus tard.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, un lien très fort s’était créé entre nous tous en une seule soirée : chaque groupe prenait soin de l’autre, l’aidait et le motivait si besoin. Bref, une véritable équipe d’expédition qui nous donnait encore plus envie de repousser nos limites. Puis soudain nous avons aperçu au loin une silhouette qui nous était familière : c’était Jack, le militaire irlandais, une véritable machine de muscles que nous étions très surpris d’avoir rattrapé. Mais nous n’étions pas dupes… S’il était là, arrêté et entrain de se rhabiller, c’était bien parce qu’il avait dû se passer quelque chose.

Nous avons très vite compris en constatant que nous étions arrivés au niveau de la plus grosse des 4 rivières. Plus nous nous approchions de Jack, plus la rivière se dévoilait devant nous, devenant de plus en plus effrayante à chaque pas de plus vers elle. Après avoir croisé une croix blanche des plus explicites au sommet d’une colline, le silence était de nouveau de retour entre nous. Un regard l’un vers l’autre droit dans les yeux, et nous savions qu’il fallait être plus concentrés que jamais : un pas de travers et l’on pouvait se retrouver emporté par le courant comme un français le fut mortellement l’année précédente non loin de là dans une rivière glaciaire. Jack nous a alors fait signe de passer en plein milieu comme lui, mais je trouvais ce passage bien trop risqué.

Moi parti en aval pour en chercher un autre, mon coéquipier en amont, nous communiquions par des phrases très courtes, directes et sèches, témoignant du stress palpable qui nous habitait « pas possible par là » « on oublie par ici », « c’est mort là-bas ». Nous avons finalement trouvé le passage qui, en apparence, nous semblait le moins dangereux mais qui nous faisait tout de même totalement flipper. Même si, par chance, nous arrivions à nous relever après une chute, l’eau glaciale de la rivière n’aurait pas mis longtemps à nous faire entrer en hypothermie… D’autant plus amplifiée qu’un vent glacial soufflait sur ce plateau.

Il fallait maintenant y aller.  Enlever les chaussures, les chaussettes, déplier les bâtons. Notre technique était simple : chacun le sac remonté au maximum sur nos épaules afin qu’il ne risque pas de toucher l’eau, nous avancions à  présent bras dessus bras dessous, chacun un bâton dans sa main libre, parallèle au courant. J’étais le plus lourd, j’ai décidé de me mettre le plus en amont pour éviter que mon coéquipier soit frappé directement par le courant. Il fallait avancer vite pour éviter la tétanisation des jambes qui nous clouerait sur place au milieu de la rivière tout en étant très précis dans nos placements de pieds et de bâtons. Vite et bien, nous n’avions pas le choix. L’eau glacée nous montait jusqu’au haut des cuisses, la douleur était intenable. A un tel point que nous n’avions pas trouvé meilleure solution pour évacuer et vaincre cette douleur que de crier comme de bêtes pendant la traversée en jurant des dizaines de fois comme des charretiers.

Le temps de sécher et de se rhabiller, les 2 allemandes et les 2 anglaises que nous n’avions pas vu arriver, tellement nous étions encore sous le choc, s’apprêtaient à nous emboîter le pas sur l’autre berge. Après leur avoir où nous avions pénétré dans l’eau, les avoir soutenues pendant la traversée et aidées à sortir, nous sommes repartis en marchant à vive allure pour nous réchauffer. « Purée -pour être polis-, on est vraiment des malades » voilà ce que nous ne cessions de répéter encore impressionnés de ce que nous venions de vivre. Une dizaine de kilomètres de marche, deux autres rivières traversées (heureusement moins dangereuses)  et nous avions rejoint le refuge d’Alftavtn, au bord du lac du même nom.
Une petite pause le temps de nous remettre de nos émotions de la journée et nous montions la tente pour la nuit. Le vent était très fort, plus fort encore que les fois précédentes car il venait directement du centre du lac. Nous avons dû renforcer les sardines de la tente avec de gros cailloux  que nous avons même positionnés directement au bord de la tente pour ne pas risquer d’être réveillés… A la belle étoile. C’était pour moi la nuit la plus désagréable de notre trek, alors que la tente était bien fixée, elle se tordait dans tous les sens et le vent s’y engouffrait, rendant le sommeil impossible. Le froid pénétrait mon sac de couchage et mes vêtements avant d’atteindre ma peau, réduisant à néant tout espoir de repos. Si mon coéquipier n’avait pas réussi à trouver le sommeil, nous serions certainement repartis pour la prochaine étape en pleine nuit… Après tout, il fait toujours jour ici en cette période de l’année.

Suite du récit et dernier jour du trek, à retrouver très prochainement sur ce blog.

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